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Je pense donc je suis ! Le bonheur

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Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  Nhkln le Mar 18 Oct - 10:57

Une nouvelle rubrique afin de débattre des grands sujets de philosophie Wink


Le premier est donc :

Le bonheur est-il obligatoire ?


Dernière édition par Nhkln le Lun 7 Nov - 20:13, édité 1 fois
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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  Titi le Mar 18 Oct - 17:37

Qu'est ce que le bonheur ?

Titi

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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  moune le Mer 19 Oct - 14:10

Le bonheur... ne serait ce pas ce doux sentiment de bien être qui nous envahit, parfois sans prévenir et qui ne s'explique pas toujours ? Une folle sensation qui pousse à sourire, s'ouvrir, à aimer, à donner, à exploser même parfois? Un ressenti si profond qu'on n'a pas envie de réprimer, qu'on a du mal à maîtriser et qu'on veut laisser parcourir son corps sans se poser de question ? Car se poser la question ne serait-il pas déjà y renoncer un peu ? Tout ce qu'on sait c'est qu'on se sent bien quand ça arrive. On se sentirait pousser des ailes comme on dit, quelle légèreté soudaine ! Quel bonheur !
Le bonheur nous éleve oui, nous fait lâcher prise. Ne se sent on pas stupide même parfois lorsqu'on le laisse nous envahir et s'exprimer en nous ? Pourtant y a t-il quelque chose de plus beau, ou de meilleur du moins ? Alors pourquoi ne pas le laisser s'exprimer ? Il est, en plus, si communicatif qu'il en ferait s'envoler quelques uns dans la foulée. Pourtant il semble parfois si difficile de se laisser aller au bonheur. Si habitué à tout maîtriser voir à se contenir, nous ne laissons pas toujours la place au bonheur. Nous reflechissons trop et, trop souvent il nous faut une raison pour être heureux. Or je pense que le bonheur ne s'explique pas. Il se vit, se ressent, pour peu qu'on le laisse s'exprimer de lui même. D'après moi alors, il ne peut relever de l'obligation. Lorsqu'il est là on n'y peut rien et parfois même, on n'y est pour rien, ni nous ni personne. Il peut nous tomber dessus sans crier gare et ce qui relèverait d'une obligation selon moi, serait plutôt de lui laisser la place et le temps de s'exprimer. Notre bonheur autant que celui des autres. Ne pas le brusquer, ne pas l'étouffer, en jouir en toute liberté.
Le bonheur fini toujours par s'envoler. Il est éphémère car c'est un sentiment de légèreté qui demande de lâcher prise, d'oublier tout le reste, de ne pas y réfléchir, or nous ne pouvons vivre cela indéfiniment, ce serait autre chose. Il peut certainement se cultiver oui, mais je ne pense pas qu'il soit une fin en soi. Il est un état passager qu'il faut juste apprendre à apprécier. Je suis convaincue que nous en sommes tous capable, quelque soit notre vie, nos conditions. En effet on peut ressentir le bonheur même dans la pire des misères. Car ce n'est pas un concept, il n'est pas palpable, il est immatériel. Moins nous y mettons de sens je pense, plus il est aisé de le côtoyer. Il prend possession de notre esprit et ne demande qu'à nous envahir comme une grosse bouffée d'air frais.
Je me demande alors pourquoi on nous bassine avec le Bonheur dans notre petit monde matériel et matérialiste. Et je crois en y réfléchissant qu'il est en fait utilisé comme arme politique. En effet, on le présente comme une fin en soi. Un but à atteindre. Comme si c'était une carotte pour que l'on accepte sans trop résister des conditions de vie misérables, l'oppression, les injustices, les guerres, etc. Ne te plains pas trop, sois patient, le bonheur est au bou du chemin. C'est comme s'il fallait trimer toute sa vie pour gagner son bonheur. Mais le bonheur ne s'achète pas. Il ne se mérite pas. Il va et vient, parfois pour un rien. Alors non. Le bonheur n'est pas obligatoire, il est juste imprévisible et inévitable. Il est en chacun de nous. Ce qui serait obligatoire encore une fois, c'est de lui laisser la place et le temps de s'exprimer, en acceptant le fait qu'une civilisation développée serait forcément plus à même de ressentir ce bonheur, plus fort, plus souvent.


Dernière édition par moune le Mer 19 Oct - 22:31, édité 3 fois

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Je pense donc je suis

Message  jersey le Mer 19 Oct - 15:17

Bonheur ou bonheurs ?

jersey

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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  Nhkln le Mer 19 Oct - 20:10

Bon Jersey et Titi, même si vos relances amènent à la réflexion, va falloir se donner un peu plus hein !! Very Happy

Moune j'aime beaucoup ta perception du bonheur, et je pense que la mienne rejoint un peu la tienne.

D'abord j'aime voir les définitions sur le TLF :
"B. [Au sens large et gén. à la forme abs.] Le bonheur.
1. État essentiellement moral atteint généralement par l'homme lorsqu'il a obtenu tout ce qui lui paraît bon et qu'il a pu satisfaire pleinement ses désirs, accomplir totalement ses diverses aspirations, trouver l'équilibre dans l'épanouissement harmonieux de sa personnalité. Bonheur véritable, bonheur de la vie; croire au bonheur. Encore un instant de bonheur, œuvre poét. de Montherlant (1934); Le bonheur fou, roman de Giono (1957) :

8. ... le bonheur ne consiste point dans des instans isolés d'énergie, de volupté ou d'oubli. Le bonheur est une succession presque continue, et durable comme nos jours, de cet heureux concours de paix et d'activité, de cette harmonie douce et austère qui est la vie du sage. Toute joie vive est instantanée, et dès-lors funeste ou du moins inutile; le seul bonheur réel c'est de vivre sans souffrir, ou, plus exactement encore, être heureux, c'est vivre : tout mal est étranger à la plénitude de la vie, et toute souffrance a pour principe des causes de destruction. La douleur est contraire à l'existence; quiconque souffre ne vit pas pleinement et entièrement; ...
SENANCOUR, Rêveries, 1799, pp. 91-92.

9. Je suis mécontent de tout le monde parce que je le suis de moi-même. Le bien-être constant, le bonheur consiste dans la possession d'une destinée en rapport avec nos facultés. Si nos facultés étaient quelque chose de constant et de fixe, il serait possible, dans certains cas, d'arranger sa vie de manière que le rapport qui constitue le bonheur se maintînt; mais nos facultés, nos dispositions, notre manière de sentir et de juger la vie changent avec l'âge, pendant que notre situation et nos rapports restent les mêmes, ou vice versa. Comment pourrions-nous jamais être constamment heureux?
MAINE DE BIRAN, Journal, 1814, p. 22.

10. Le bonheur est de sentir son âme bonne; il n'y en a point d'autre, à proprement parler, et celui-là peut exister dans l'affliction même; de là vient qu'il est des douleurs préférables à toutes les joies, et qui leur seraient préférées par tous ceux qui les ont ressenties. Il entre dans la composition de tout bonheur l'idée de l'avoir mérité.
JOUBERT, Pensées, t. 1, 1824, p. 184.

11. Lorsque le rapport avec le monde extérieur nous est agréable, nous l'appelons plaisir; mais cet état passager n'est pas le bonheur. Nous entendons par bonheur un état qui serait tel que nous en désirassions la durée sans changement. Or voyons ce qui arriverait si un tel état était possible. Pour qu'il le fût absolument, il faudrait que le monde extérieur s'arrêtât et s'immobilisât. Mais alors nous n'aurions plus de désir, puisque nous n'aurions plus aucune raison pour modifier le monde, dont le repos nous satisferait et nous remplirait. Nous n'aurions plus par conséquent ni activité, ni personnalité. Ce serait donc le repos, l'inertie, la mort, pour nous, comme pour le monde. (...) Vouloir vivre, c'est accepter le mal. Vous imaginez le bonheur absolu possible, c'est le néant que vous désirez.
P. LEROUX, De l'Humanité, t. 1, 1840, pp. 19-20.

12. ... j'ai prononcé, au contraire, que le bonheur était un patrimoine universel et indivisible, que nul ne s'appropriait exclusivement sans être coupable de crime d'égoïsme. Entendez donc que le devoir, l'amour, le dévouement, consistent à faire de son bonheur celui des autres, et du bonheur des autres le sien propre, tandis que l'égoïsme consiste à faire son bonheur du malheur de tous. Néron souhaitait que le peuple romain n'eût qu'une tête pour l'abattre d'un seul coup : voilà l'égoïsme. Titus estimait perdre le jour où il avait manqué de rendre un homme heureux : voilà l'amour.
LACORDAIRE, Conf. de Notre-Dame, 1848, p. 185.

13. Il y a sur terre de telles immensités de misère, de détresse, de gêne et d'horreur, que l'homme heureux n'y peut songer sans prendre honte de son bonheur. Et pourtant ne peut rien pour le bonheur d'autrui celui qui ne sait être heureux lui-même. Je sens en moi l'impérieuse obligation d'être heureux. Mais tout bonheur me paraît haïssable qui ne s'obtient qu'aux dépens d'autrui et par des possessions dont on le prive. (...). Pour moi j'ai pris en aversion toute possession exclusive; c'est de don qu'est fait le bonheur, et la mort ne me retirera des mains pas grand-chose. (...) Mon bonheur est d'augmenter celui des autres. J'ai besoin du bonheur de tous pour être heureux. J'admirais, je n'ai pas fini d'admirer, dans l'évangile un effort surhumain vers la joie. Le premier mot qui nous est rapporté du Christ, c'est « heureux... » son premier miracle, la métamorphose de l'eau en vin. Le vrai chrétien est celui que suffit à enivrer l'eau pure. C'est en lui-même que se répète le miracle de Cana.
GIDE, Les Nourritures terrestres, 1897, pp. 268-270.

14. Claudel et le christianisme ont vu bien plus profond en pensant que cette éphémère jouissance était la seule possible sur terre. Mais ils ont eu tort d'affirmer pour un au-delà la possession de la joie. C'est qu'ils n'ont pas eu le courage de reconnaître l'illusion qu'était ce bonheur fixe. Le bonheur n'est que cette palpitation précaire de la main tendue vers son bien. Il n'est que cela.
J. RIVIÈRE, Correspondance [avec Alain-Fournier] 1908, p. 43.

15. Devoir d'être heureux : il n'est pas difficile d'être malheureux ou mécontent; il suffit de s'asseoir, comme fait un prince qui attend qu'on l'amuse; ce regard qui guette et pèse le bonheur comme une denrée jette sur toutes choses la couleur de l'ennui; (...) il est toujours difficile d'être heureux; c'est un combat contre beaucoup d'événements et contre beaucoup d'hommes; il se peut que l'on y soit vaincu; (...) il est impossible que l'on soit heureux si l'on ne veut pas l'être; il faut donc vouloir son bonheur et le faire. Ce que l'on n'a point assez dit, c'est que c'est un devoir aussi envers les autres que d'être heureux.
ALAIN, Propos, 1923, p. 472. "

Parmi toutes ces perceptions du bonheur, je dirais que la mienne se rapproche plus de moments (et non d'un état permanent) de paix avec soi-même. Je pense que pour ressentir ce sentiment , il faut être bien avec soi et être en capacité de le recevoir. Après la question que l'on peut se poser est : est ce que le bonheur est intérieur ou provient de l'extérieur (dans ce cas nous pourrions peut être parler de bonheurs). Et du coup j'en viens à l'injonction du bonheur qui est un peu véhiculée partout. Certaines personnes pensent à mon avis à tort que le bonheur est la satisfaction immédiate de désir, le bonheur c'est quelque chose de bien plus profond d'après moi, une sorte de sentiment de complétude.
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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  Titi le Jeu 20 Oct - 10:27

ça va venir !!! faut le temps quand on commence à être vieille ! Very Happy

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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  Nhkln le Jeu 20 Oct - 10:42

c'est donc ça !!! Very Happy
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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  moune le Jeu 20 Oct - 11:23

Pour moi, LE bonheur infini n'est qu'une illusion, un rêve au mieux. On peut tous y tendre, mais c'est impossible. Si l'on cherche uniquement le bonheur, on devra fermer les yeux face à la réalité et faire part d'un immense égoïsme. Ça n'engage que moi. Je pense plutôt que le bonheur est éphémère car même dans le "meilleur des monde" le sentiment de complétude n'existerait que partiellement. Il existerait donc plutôt Des bonheurs effectivement, ou des instants de bonheur.
Je suis enfin prête à admettre que la souffrance, la douleur, le malheur font partie de la vie, ne serait ce que parce que la mort elle même en fait partie. Nous serons toujours, à un moment ou à un autre, sujet au malheur. Et comme le bonheur, il est éphémère. Dans le cas d'un bonheur complet et infini, nous n'aurions plus rien à perdre, ni à gagner. Nous serions alors sûrement seul au monde, et prêt à abandonner la vie.

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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  Titi le Ven 21 Oct - 10:24

Le bonheur un droit ? ma réponse est non sans équivoque. Autant une alimentation correcte un logement décent, un accès au savoir, etc. sont des droits autant le bonheur n'en est pas parce que ça voudrait dire que le bonheur est une réalité concrète, tangible, monnayable, or ce n'est pas le cas. Le bonheur est une réalité mais d'un autre ordre me semble-t-il. Je le verrais assez comme une sorte d'atmosphère… cad quelque chose offert à tous mais dont il faut prendre conscience. Je pense qu'il faut s'ouvrir au bonheur. En effet je constate, et là ce n'est pas une vue de l'esprit mais un constat que le bonheur n'est pas obligatoirement absence de souffrance. Oui cela peut faire grincer nos oreilles et notre entendement mais soyons honnêtes qui parmi nous peut affirmer ne pas avoir vu des gens dont la vie nous semblait pourrie être heureux ? et des gens qui ont une vie "dorée" être malheureux. Le bonheur n'est-il pas en lien étroit avec notre façon personnelle d'aborder la vie dans sa réalité ?
Sartre a affirmé : l'enfer c'est les autres… le bonheur ne peut-il pas passer par les autres ?... alors quel sens a une vie de couple ? quel sens a l'amitié ?
Plutôt que de parler de bonheurs au pluriel je parlerais de facettes du bonheur.
Notre perception du bonheur ne peut être qu'évolutive… nous sommes en évolution permanente et nous n'avons pas accès à une connaissance totale, aussi, nous ne pouvons appréhender les choses qu'en mouvement et de façon parcellaire, c'est pourquoi je ne vois pas de contradiction à vivre un état permanent de bonheur dans une perception évolutive… mais peut-être cela s'apparente-t-il plus à la joie ?
A suivre…

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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  Nhkln le Ven 21 Oct - 10:50

Bon les femmes !!!

Pour ma part je fais vraiment la distinction entre Bonheur et bonheurs. Et je pense que le Bonheur en terme de ressenti existe. Mais comme je l'ai dit plus haut il provient de l'intérieur à mon sens, cette fameuse complétude que l'on peut ressentir parfois. En ce qui concerne l'idée que l'on ne peut pas être dans cet état permanent je suis d'accord avec toi Moune et Titi d'ailleurs. Comment pourrions nous apprécier cet état sans avoir connu ou vu de la souffrance. D'ailleurs je crois sincèrement qu'il faut avoir éprouver beaucoup de souffrance pour être capable de ressentir cet état mais cela n'engage que moi bien sûr.
En ce qui concerne la joie de vivre, je l'apparenterais plus à l'état de "je suis heureux", qui est à mon sens est un sentiment peut être un peu différent.

Bref à suivre hein !

Contente que ce sujet vous inspire Wink !
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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  batoucada le Sam 22 Oct - 15:59

le bonheur n'est pas un état constant et heureusement !!!
toutes les choses ou états qui existent nous pouvons les apprécier et en faire des choses précieuses, des petits moments de bonheur parce que leurs contraires existent
une même chose ou moment peut être source de bonheur , de bien être et à un autre moment l'inverse néfaste, désagréable , insupportable
le soleil de cet aprem m'a réchauffé le cœur, je l'ai parfois maudit cet été quand il faisait trop chaud , je vais le regretter cet hiver et attendre son retour avec impatience au printemps
tout ca pour en revenir au bonheur et à la souffrance , nous apprécions les moments "heureux" parce que nous savons qu'il y a des moments ou la vie nous malmène
j'aime les contrastes de la vie même si elle nous fait passer par des hauts et des bas, le bonheur s'est peut être savoir s'armer et dépasser ces moments où l'on croit que tout va mal
peut on savoir ce qu'est le bonheur quand on a pas touché le fond?
bonne réflexion
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Je pense donc je suis

Message  jersey le Lun 24 Oct - 20:47

Le Bonheur, petit essai de synthèse.
Qu'est-ce ? Est-il pour nous ? Si oui comment ?
Est-il dans la contemplation de tout ce qui est beau , sage et bon comme le soutient Platon ? Une sorte de prise de conscience comme l'avance Titi
Est-il une pré-disposition : « Le bonheur n'est-il pas en lien étroit avec notre façon personnelle d'aborder la vie dans sa réalité ? » (Titi)
- Ou bien dans les plaisirs des sens comme le prétend Épicure en distinguant différentes sortes de plaisirs :
Parmi les désirs il y en a qui sont naturels et nécessaires, d'autres qui sont naturels mais non nécessaires, d'autres enfin qui ne sont ni naturels ni nécessaires (Épicure, Maximes)
Cette distinction conduit l'épicurien à une sorte d'ascétisme :
Pour qui règle sa vie d'après la vraie sagesse, la suprême richesse est de savoir vivre content de peu... De ce peu, en effet, il n'y a jamais de manque
- Je ne m'aventure pas dans la pensée de St Augustin et de St Thomas que je connais trop peu.
- Je reprends les citations de NHKin du 19/10 pour constater que Sénancour se place dans la lignée épicurienne et que pour beaucoup d'autres se pose la question de la durée (Maine de Biran, dont l'adéquation entre nos facultés et la destinée par un hypothétique et mystérieux «arrangement » m'échappe , ou Leroux pour qui le bonheur sans désir s'apparente à la mort, ou Leroux et la« précaire palpitation … illusion du bonheur fixe) ---> cette illusion fixe est pointée par Titi « Notre perception du bonheur ne peut être qu'évolutive »
- Survient aussi l'approche morale du bonheur ( l'avoir mérité pour Joubert ; faire de son bonheur celui des autres pour Lacordaire, et même Gide a besoin du bonheur de tous pour être heureux) → Titi encore «  le bonheur ne peut-il pas passer par les autres ? »
- Alain pose le bonheur comme une action et une volonté personnelles mais aussi comme un devoir altruiste. Il y a là, à mon sens, une tentative de réunir moi et l'autre. Cette perception active d'Alain s'approche de celle de Camus (faire du destin une affaire d'hommes qui doit être réglée entre les hommes)
Je me demande :
- si aujourd'hui l'on ne pourrait ajouter les techniques comme participant à une forme de bonheur (ex : santé, sérotonine ) même si elles sont incontestablement source de malheur, de douleur (ex: bombe H)
- si la perception globale du bonheur n'est pas réservée au bilan de fin de vie ( « avoir réussi sa vie »?) même si Schopenhauer affirme qu' il est rare qu'un homme à la fin de sa vie, s'il est à la fois sincère et réfléchi, souhaite recommencer la route, et ne préfère le néant absolu.
Pareillement Camus se place au même poste, à cet instant subtil où l'homme se retourne sur sa vie [...]il contemple cette suite d'actions sans liens qui devient son destin, créé par lui, uni sous le regard de sa mémoire et bientôt scellé par sa mort.
- si le bonheur comme « instant de paix avec soi-même » (Nhkin) ne serait pas plutôt une exaltation qui soulève les rochers [...]une lutte vers les sommets (Camus, Sisyphe )
- si la source du bonheur  n'est pas intérieure ET provient de l'extérieur. Sur ce point je diffère de NHKin, qui utilise le OU, et de Batoucada .
L'amalgame intérieur/extérieur permet encore de lier l'Homme et le monde
- s'il faut avoir «touché le fond » (toujours Batoucada) pour approcher le bonheur. En cela je ne suis pas d'accord non plus. Dans ce cas, seuls ceux qui connaîtraient le grand malheur auraient le privilège d'accéder au bonheur . Ce serait alors une sorte de compensation. Or, je crois, comme Titi, qu'il y a des facettes plus ou moins intenses et que, lorsque le bonheur s'éternise un peu trop on ne le reconnaît que au bruit qu'il fait en claquant la porte (Cocteau)

Enfin le sujet impose un coup de blush pour Toutes :
On n'est jamais si heureux ni si malheureux qu'on s'imagine (La Rochefoucauld)

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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  Titi le Mar 25 Oct - 10:30

Merci Jersey de votre contribution. Je vais la relire à tête reposée. Je n'en tiens donc pas compte dans cette réaction.
C'est avec beaucoup d'intéret que j'ai lu les autres contributions et réfléchis sur elle. Une chose m'amuse... on dit souvent que les chrétiens sont des gens qui se vautrent dans le dolorisme... et voilà que je suis à peu près seule à ne pas lier bonheur et malheur... On dirait, mesdames, que vous avez besoin de souffrir pour goûter au bonheur... et que la perspective d'une certaine permanence du bonheur vous effraie. Et aussi que le bonheur est une étape après le malheur... comme si (si j'ai bien compris) souffrance et bonheur ne pouvaient pas cohabiter...
Est-ce que je me trompe ? Oh ne croyez pas que je juge, loin de moi j'essaie de comprendre et de m'ouvrir à vos perspectives et enrichir ainsi la mienne. Et de faire avancer ce débat que j'aime beaucoup. Il m'enrichit vraiment, merci donc à toutes.

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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  Nhkln le Jeu 27 Oct - 6:11

Merci pour cette synthèse Jersey. Et merci Titi car cela me permet de nuancer un peu mes propos. Pour moi c'est assez récent de ressentir parfois du bonheur et de par mon expérience de vie, je ne peux m'empêcher de le lier à son contraire. Mais effectivement ce serait plus que réducteur de dire que le malheur est la seule possibilité d'accession au bonheur.
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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  Titi le Jeu 27 Oct - 10:25

une suite de réflexion est en train ! mais vous avez aussi raison Nh, comme dit d'ailleurs Jersey, le bonheur se fait entendre quand il claque la porte...
Votre réflexion est pertinente et moi aussi je sais bien que si on n'a pas un peu souffert... on va dire : ça n'a pas le même goût... à suivre... encore.

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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  moune le Jeu 27 Oct - 17:36

Après l'intervention de Jersey, il est difficile de reprendre le débat je trouve. Je me souviens toujours des mots de mon prof de philo qui disait, pour que l'on étudie la pensée des philosophes avant de développer ses propres idées : "on ne peut penser seul, penser seul c'est la folie". Il avait raison mais quand on est un cancre on fait ce que l'on peu.
Merci donc à Jersey qui aurait sûrement beaucoup aimé échanger avec ce prof.
J'ai tout de même envie de continuer, pour le plaisir de partager et de m'exprimer, j'espère seulement ne pas être trop brouillon.
Pour répondre à la question de Jersey, le bonheur semble ÊTRE, et EST de plus en plus souvent pour moi, dans les conditions évoquées plus haut or je n'arrive toujours pas (et de moins en moins en fait) à savoir si c'est vraiment du bonheur. Il est très intéressant de se poser toutes ces questions afin de tenter y répondre mais plus ça avance, plus je me pose des questions.
C'est vrai que si je penses ressentir du bonheur, c'est en le comparant à des phases d'extrême malheur (qui lui peut être est plus facil à définir.. ou pas ?) pourtant il est très clair que je ne pense pas qu'il soit obligatoirement à mettre en parallèle au malheur, et que ce n'est pas parce qu'on n'a pas souffert (mais qui n'a jamais souffert de toute façon ?) qu'on ne peut ressentir le bonheur.
Comme les philosophes semblent nous le montrer, il est autant de définition du bonheur qu'il est de penseur et donc d'individu, non ? Mais peut être que cela relève plus de la définition et non du sentiment en lui même qui lui, pourrait être partagé par tous, même s'il ne prendrait pas les mêmes significations ou les mêmes formes. Ou pas ? Que de questionnements cela fait naître en moi !
Dans ma vie en tout cas, le bonheur tel que je m'exerce à le ressentir aujourd'hui, a quelque chose d'égoïste. Il me semble pourtant, comme Gide, que j'aurais besoin du bonheur de tous pour accepter et vivre pleinement le mien. Non pas par mauvaise conscience, mais bien car les injustices et barbaries de ce monde me font réellement, moralement souffrir. Mais peut être que cela vient parfois d'un manque de savoir faire la part des choses, ou d'une confusion dans mes sentiments ?
Mon bonheur aujourd'hui, je tente de l'expérimenter dans un certain lâcher prise. Je recherche des bonheurs simples car mon malheur vient souvent du fait de prendre les choses trop au sérieux. Mais est ce du bonheur ? Très bonne question. Je ne conçoit cependant pas la vie comme un détachement et je me demande si le bonheur lui en a forcément besoin ou pas. Si aujourd'hui j'ai besoin pour me sentir mieux, de penser un peu plus à moi même, je ne veux pas tendre indéfiniment à cela et j'en suis de toute façon incapable. Personne je pense. Nous sommes des êtres sociaux et sociables après tout, et je suis convaincue que personne ne trouve son bonheur dans le malheur d'autrui, ni ne peut ressentir indéfiniment son bonheur sans qu'il ne soit partagé. Ou si ? Je crois en la nature humaine, je crois en ce qu'elle a de meilleur, c'est peut être du hors sujet mais je crois que si nous sommes capables du pire ce n'est que parce qu'on ne nous donne pas l'opportunité ou les moyens de développer le meilleur.
J'en reviens au bonheur, je crois en effet que nous pourrions travailler à construire des sociétés qui offriraient les mêmes possibilités d'accès au bonheur pour tous et chacun de nous. Peut être qu'alors le bonheur est finalement un droit ? Peut être pas en lui même mais en effet il faut parfois avoir le temps et une certaine légèreté d'esprit pour y accéder non ? Si on est dans la lutte permanente pour la recherche de nourriture, d'abris, ou de tranquillité (si on nous bombarde sans cesse par d'exemple), ressentir le bonheur reste possible mais n'est ce pas tout de même moins aisé ? Il en va de même (sauf que le bonheur ne relève pas du choix lui) pour cette question de se libérer des biens matériels, faut il encore pouvoir subvenir à ses besoins vitaux avant d'y penser. Et c'est là que je pense pour répondre encore à la question posée par Jersey, que certaines avancées techniques ne sont pas à renier car elles nous facilitent la vie et peuvent dégager un temps et une énergie précieuse en faveur du travail de l'esprit. Pour finir, je ne pense pas que ce sont les avancées techniques qui sont sources de malheur et de douleur mais plutôt notre façon de les utiliser et/ou de les gérer, mais c'est encore un autre débat.

moune

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Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

Message  batoucada le Lun 31 Oct - 22:59

à écouter la mise en musique par "LES TETES RAIDES" sous le même titre

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier (1952) long texte sur le bonheur , le sentiment de complétude ou d'incomplétude,....
Stig DAGERMAN (1923-1954)
Traduit du suédois par Philippe Bouquet


Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier.


En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout où je crois l’apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n’atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre, je me dépêche de m’emparer de ma victime.

Qu’ai-je alors entre mes bras ?


Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l’effroi à bander. Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur.


Mais il y a aussi des consolations qui viennent à moi sans y être conviées et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux : Je suis ton plaisir – aime-les tous ! Je suis ton talent – fais-en aussi mauvais usage que de toi-même ! Je suis ton désir de jouissance – seuls vivent les gourmets ! Je suis ta solitude – méprise les hommes ! Je suis ton aspiration à la mort – alors tranche !


Le fil du rasoir est bien étroit. Je vois ma vie menacée par deux périls : par les bouches avides de la gourmandise, de l’autre par l’amertume de l’avarice qui se nourrit d’elle-même. Mais je tiens à refuser de choisir entre l’orgie et l’ascèse, même si je dois pour cela subir le supplice du gril de mes désirs. Pour moi, il ne suffit pas de savoir que, puisque nous ne sommes pas libres de nos actes, tout est excusable. Ce que je cherche, ce n’est pas une excuse à ma vie mais exactement le contraire d’une excuse : le pardon. L’idée me vient finalement que toute consolation ne prenant pas en compte ma liberté est trompeuse, qu’elle n’est que l’image réfléchie de mon désespoir. En effet, lorsque mon désespoir me dit : Perds confiance, car chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n’est qu’une trêve entre deux jours.


Mais l’humanité n’a que faire d’une consolation en forme de mot d’esprit : elle a besoin d’une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c’est-à-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir la bonté de le remarquer lorsqu’il y parvient.


Personne ne peut énumérer tous les cas où la consolation est une nécessité. Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas. Je peux, par exemple, marcher sur le rivage et ressentir tout à coup le défi effroyable que l’éternité lance à mon existence dans le mouvement perpétuel de la mer et dans la fuite perpétuelle du vent. Que devient alors le temps, si ce n’est une consolation pour le fait que rien de ce qui est humain ne dure – et quelle misérable consolation, qui n’enrichit que les Suisses !


Je peux rester assis devant un feu dans la pièce la moins exposée de toutes au danger et sentir soudain la mort me cerner. Elle se trouve dans le feu, dans tous les objets pointus qui m’entourent, dans le poids du toit et dans la masse des murs, elle se trouve dans l’eau, dans la neige, dans la chaleur et dans mon sang. Que devient alors le sentiment humain de sécurité si ce n’est une consolation pour le fait que la mort est ce qu’il y a de plus proche de la vie – et quelle misérable consolation, qui ne fait que nous rappeler ce qu’elle veut nous faire oublier !


Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Etant donné que je cherche à m’assurer que ma vie n’est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre et je l’offre au monde. En retour, celui-ci me donne la richesse, la gloire et le silence. Mais que puis-je bien faire de cet argent et quel plaisir puis-je prendre à contribuer au progrès de la littérature – je ne désire que ce que je n’aurai pas : confirmation de ce que mes mots ont touché le cœur du monde. Que devient alors mon talent si ce n’est une consolation pour le fait que je suis seul – mais quelle épouvantable consolation, qui me fait simplement ressentir ma solitude cinq fois plus fort !


Je peux voir la liberté incarnée dans un animal qui traverse rapidement une clairière et entendre une voix qui chuchote : Vis simplement, prends ce que tu désires et n’aie pas peur des lois ! Mais qu’est-ce que ce bon conseil si ce n’est une consolation pour le fait que la liberté n’existe pas – et quelle impitoyable consolation pour celui qui s’avise que l’être humain doit mettre des millions d’années à devenir un lézard !


Pour finir, je peux m’apercevoir que cette terre est une fosse commune dans laquelle le roi Salomon, Ophélie et Himmler reposent côte à côte. Je peux en conclure que le bourreau et la malheureuse jouissent de la même mort que le sage, et que la mort peut nous faire l’effet d’une consolation pour une vie manquée. Mais quelle atroce consolation pour celui qui voudrait voir dans la vie une consolation pour la mort !


Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites.


Mais la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l’indépendance. On dirait que j’ai besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. A la lumière de mes actes, je m’aperçois que toute ma vie semble n’avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m’apporter la liberté m’apporte l’esclavage et les pierres en guise de pain.


Les autres hommes ont d’autres maîtres. En ce qui me concerne, mon talent me rend esclave au point de pas oser l’employer, de peur de l’avoir perdu. De plus, je suis tellement esclave de mon nom que j’ose à peine écrire une ligne, de peur de lui nuire. Et, lorsque la dépression arrive finalement, je suis aussi son esclave. Mon plus grand désir est de la retenir, mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité de créer de la beauté à partir de mon désespoir, de mon dégoût et de mes faiblesses. Avec une joie amère, je désire voir mes maisons tomber en ruine et me voir moi-même enseveli sous la neige de l’oubli. Mais la dépression est une poupée russe et, dans la dernière poupée, se trouvent un couteau, une lame de rasoir, un poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par devenir l’esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent comme des chiens, à moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté humaine.


Mais, venant d’une direction que je ne soupçonne pas encore, voici que s’approche le miracle de la libération. Cela peut se produire sur le rivage, et la même éternité qui, tout à l’heure, suscitait mon effroi est maintenant le témoin de mon accession à la liberté. En quoi consiste donc ce miracle ? Tout simplement dans la découverte soudaine que personne, aucune puissance, aucun être humain, n’a le droit d’énoncer envers moi des exigences telles que mon désir de vivre vienne à s’étioler. Car si ce désir n’existe pas, qu’est-ce qui peut alors exister ?


Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer. Personne n’a le droit d’exiger de la mer qu’elle porte tous les bateaux, ou du vent qu’il gonfle perpétuellement toutes les voiles. De même, personne n’a le droit d’exiger de moi que ma vie consiste à être prisonnier de certaines fonctions. Pour moi, ce n’est pas le devoir avant tout mais : la vie avant tout. Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome.


Ce n’est qu’en un tel instant que je peux être libre vis-à-vis de tous les faits de la vie qui, auparavant, ont causé mon désespoir. Je peux reconnaître que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre et que l’éternité se soucie peu de moi. Mais qui me demande de me soucier de l’éternité ? Ma vie n’est courte que si je la place sur le billot du temps. Les possibilités de ma vie ne sont limitées que si je compte le nombre de mots ou le nombre de livres auxquels j’aurai le temps de donner le jour avant de mourir. Mais qui me demande de compter ? Le temps n’est pas l’étalon qui convient à la vie. Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur car il n’atteint que les ouvrages avancés de ma vie.


Mais tout ce qui m’arrive d’important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l’on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beauté l’espace d’une seconde ou l’espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.


Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même occasion, celui des performances que l’on exige de moi. Ma vie n’est pas quelque chose que l’on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos. Il est absurde de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait – mais en conservant sa liberté. Il est également absurde de prétendre que l’homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L’important est qu’il fasse ce qu’il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable.


Je peux même m’affranchir du pouvoir de la mort. Il est vrai que je ne peux me libérer de l’idée que la mort marche sur mes talons et encore moins nier sa réalité. Mais je peux réduire à néant la menace qu’elle constitue en me dispensant d’accrocher ma vie à des points d’appui aussi précaires que le temps et la gloire.


Par contre, il n’est pas en mon pouvoir de rester perpétuellement tourné vers la mer et de comparer sa liberté avec la mienne. Le moment arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l’oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de reconnaître, c’est que l’homme a donné à sa vie des formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. Même avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent sur l’homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont inéluctables. Selon moi, une sorte de liberté est perdue pour toujours ou pour longtemps. C’est la liberté qui vient de la capacité de posséder son propre élément. Le poisson possède le sien, de même que l’oiseau et que l’animal terrestre. Thoreau avait encore la forêt de Walden – mais où est maintenant la forêt où l’être humain puisse prouver qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ?


Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l’instant que je le fasse à l’intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. A son pouvoir je n’ai rien à opposer que moi-même – mais, d’un autre côté, c’est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s’exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. Mais ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n’aurai plus que le silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant.


Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu’une consolation et plus grande qu’une philosophie, c’est-à-dire une raison de vivre.
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Je pense donc je suis (Bonheur)

Message  jersey le Mer 2 Nov - 8:12


Réponse à Moune:
-désolée pour mon intervention suspensive dans ce débat
- reconnaissante pour votre " envie de continuer pour le plaisir "

jersey

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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  moune le Mer 2 Nov - 8:34

Jersey, ce n'est pas du tout le message que je voulais faire passer ! J'ai un léger complexe d'infériorité, c'est MON problème et le fait que je veuille toujours m'en défendre porte à confusion parfois.
Comme tu l'as très bien dit dans un autre sujet "Les références sont indispensables si l’on veut savoir de quoi l'on parle". Et ça aide à construire sa propre pensée, donc merci !
Bonne et heureuse journée à toutes Wink

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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  batoucada le Mer 2 Nov - 19:01

batoucada a écrit:
""j'aime les contrastes de la vie même si elle nous fait passer par des hauts et des bas, le bonheur s'est peut être savoir s'armer et dépasser ces moments où l'on croit que tout va mal
peut on savoir ce qu'est le bonheur quand on a pas touché le fond""

je me suis mal exprimée bien sur on peut connaitre le bonheur même qd on n'a pas touché le fond
je reste néanmoins persuadée que l'effet de contraste reste important pour "apprécier la vie" mais ce n'est peut être pas ca le BONHEUR
le bonheur est interieur mais le monde qui nous entoure influe grandement sur l'appréhension que nous avons de notre vie
c'est surtout notre capacité à voir les aspects positifs qui peut nous rendre heureuse
peut on être heureux aujourd hui à Mossoul?
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Je pense donc je suis (Bonheur)

Message  jersey le Mer 2 Nov - 19:48

Heureux AUJOURD'HUI à Mossoul ?
Oui, certainement !
Je ne puis croire qu'il n'y ait pas l'espoir, l'espérance, la volonté d'un autre jour, d'un avenir.
Croire en l'avenir, malgré les contingences - et dans ce cas précis malgré les horreurs- c'est UNE des clefs du bonheur.

jersey

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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  batoucada le Mer 2 Nov - 21:02

OUI tout à fait d'accord il y a plein de gens heureux à Mossoul, plein d'espoir, une vie nouvelle, retrouver les siens ou porter leur deuil en paix toujours le contraste, les 2 infinis qui se rejoignent pour atteindre le même but
non je ne suis pas sarcastique
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Je pense donc je suis (Bonheur)

Message  jersey le Jeu 3 Nov - 6:30

Nuance et correction:
- Espérant , plutôt que heureux, aujourd'hui pour demain;
- Sûrement pas le temps de s'analyser
... Pas comme nous !!

jersey

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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  Nhkln le Jeu 3 Nov - 6:56

C'est assez juste Jersey : "pas le temps de s'analyser", juste saisir l'urgent, l'essentiel.
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Nhkln
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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

Message  moune le Jeu 3 Nov - 12:21

"S'analyser " et réfléchir sur soi, le monde, la vie, etc. n'est pas un "privilège" du monde occidental.. ou des européens. On s'analyse et réfléchi partout. Ce qui oui en est un, c'est ce complexe de superiorite ridicule qui nous fait croire que ce genre d'analyse est une maniere de se lamenter.. une "perte de temps".
Je le dis non pas que vous ayez soutenu le contraire mais parce que je trouve que c'est important de le dire...

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Re: Je pense donc je suis ! Le bonheur

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